Les médicaments sous le soleil

S’exposer au soleil n’est pas toujours souhaitable lors de la prise de certains médicaments.
En effet, votre peau peut réagir au soleil de façon anormale ou disproportionnée : on parle alors de photosensibilisation.

Ce phénomène peut aussi se produire si le temps est couvert ou derrière les vitres d’une voiture, car les responsables sont les rayons UV.
Attention, les UV artificiels en cabine sont également concernés !

Des mesures simples permettent de prévenir les risques. Le point de départ consiste à bien identifier les médicaments à risque photosensibilisant.

Les mécanismes de la photosensibilisation :

Deux réactions sont possibles,  

La réaction phototoxique : un phénomène fréquent

  • se traduit par un « coup de soleil » disproportionné et une sensation de brûlure , avec parfois des réactions sévères à type de brûlures du deuxième degré,
  • se localise au niveau des zones découvertes exposées au soleil.

Elle survient :

  • sans sensibilisation préalable,
  • dans les minutes ou les heures qui suivent l’exposition,

Elle dépend :

  • de la concentration du médicament
  • de l’intensité de l’exposition solaire

Elle disparaît rapidement à l’arrêt du médicament ( en 8 à 10 jours), mais des tâches hyperpigmentées peuvent persister pendant plusieurs semaines ou mois.

La  réaction photoallergique : un phénomène rare

  • se traduit par un eczéma aigu avec des démangeaisons et des vésicules,
  • concerne les zones exposées mais peut s’étendre aux zones couvertes.

Elle survient

  • chez des personnes préalablement sensibilisées,
  • progressivement en 24 ou 48 heures,

Elle ne dépend pas :

  • De la dose de médicament
  • De l'intensité de l'exposition solaire.

Elle se déclenche même pour des doses faibles de médicament et d’UV.

Elle disparaît en plusieurs semaines.

Mieux connaître les médicaments photosensibilisants

Sachez-les identifiermédicament photosensibilisant

Le conditionnement des médicaments à fort risque photosensibilisant comporte un symbole distinctif assorti d’un conseil adapté.

La photosensibilisation se manifeste par voie orale mais aussi par voie locale.

La photosensibilisation par voie orale

Elle concerne l’ensemble des zones exposées.

Les médicaments ayant un fort potentiel photosensibilisant sont :

  • les quinolones, les fluoroquinolones et les tétracyclines (famille des antibiotiques) qui déclenchent des réactions phototoxiques parfois sévères
  • la chlorpromazine (famille des neuroleptiques phénothiaziniques) qui induit une pigmentation bleutée en cas de prise chronique
  • l’amiodarone (famille des antiarythmiques) qui est à l’origine d’une pigmentation bleu ardoisé sur les zones découvertes, plus fréquemment à partir de la deuxième année de traitement
  • le millepertuis, utilisé par voie interne dans le traitement des dépressions légères, car il contient des substances photosensibilisantes.

La photosensibilisation locale

Elle ne concerne que les zones d’application.

Les médicaments les plus souvent incriminés sont :

  1. les phénothiazines (prométhazine, chlorproéthazine)
  2. les AINS en particulier le piroxicam et le kétoprofène qui induisent une réaction photoallergique
  3. les antiacnéïques tels que l’adapalène, l’isotrétinoïne, la trétinoïne et le peroxyde de benzoyle qui majorent les phénomènes d’irritation cutanée au soleil.

Comment prévenir les photosensibilisations ?

Supprimez la prise médicamenteuse :

Si la pathologie le permet et après avis médical, il est préférable de suspendre ou de diminuer la prise de médicaments photosensibilisants pendant la période estivale, lors de séjours au ski, à la mer, à la montagne ou encore pour des destinations comme les Tropiques où l’index UV est important.

Ainsi est-il recommandé de suspendre les traitements antiacnéïques oraux à base de cyclines (en particulier la doxycycline) et ce quelques jours avant l’exposition.

Pour les antiacnéïques locaux, vous devez suspendre l’application la veille, le jour et le lendemain en cas d’ensoleillement intense et ponctuel.

Pour les traitements au long cours, le médecin peut envisager de changer de molécule.

Limitez l’exposition solaire

En cas de poursuite du traitement :

  • limitez au maximum l’exposition au soleil,
  • renforcez votre protection vestimentaire (chapeau, lunettes solaires, t-shirt…)
  • utilisez un produit solaire à fort indice de protection (50 et +) sur les zones découvertes et renouvelez l’application toutes les heures


Conseil :
Dans le cas des traitements locaux, protégez uniquement les zones d’application.

Soyez vigilant pendant le traitement, mais aussi quelques jours après l’arrêt du médicament.
Ainsi pour les AINS locaux, évitez l’exposition jusqu’à 10 jours après.
Pour les quinolones par voie orale, la protection solaire doit être prolongée 4 ou 5 jours après l’arrêt du traitement.

En cas de doute, n’hésitez pas à nous demander conseil.

Que faire en cas de photosensibilisation ?

Signalez toujours la survenue de la réaction cutanée à votre médecin.

Les réactions sévères nécessitent une prise en charge médicale.

Dans les autres cas, il convient de soulager les manifestations cutanées.
Des crèmes apaisantes permettent d’atténuer les sensations de brûlure.
Les démangeaisons sont calmées par une crème à base de corticoïdes, associée à un antiallergique par voie orale.

Lorsque la pigmentation persiste, les tâches peuvent être atténuées à l’aide de produits dépigmentants.

Sachez aussi qu’en dehors des médicaments, d’autres substances sont responsables de réactions photosensibilisantes.
Il s’agit des parfums contenant de l’essence de bergamote, des huiles essentielles de lavande, de santal, de cèdre, de vanille…
Certains déodorants à base de triclosan, des cosmétiques à base de baume du Pérou sont également concernés.
Les plantes contenant des furocoumarines sont aussi en cause : citron vert, orange amère, bergamote, millepertuis, figuier, géranium, cèleri, cerfeuil, fenouil… 

Identifier les médicaments photosensibilisants et adopter certaines précautions reste donc la meilleure façon d'éviter les risques de photosensibilisation. Et n'oubliez pas que le soleil n'est pas forcément votre ennemi !